Les fouilles les plus récentes démontrent qu’en Afrique, comme l’explique l’anthropologue Belge Pierre de Maret, « la métallurgie est très ancienne et très sophistiquée. Au Katanga (République démocratique du Congo, ndlr), les luba fondaient le fer et avait la maîtrise de techniques métallurgiques extrêmement sophistiquées, mélangeant par exemple plusieurs qualités de fer pour fabriquer une lance, pour qu’elle soit tranchante sur les bords et souple à l’intérieur ».
En fait, tout se passe comme si l’histoire de la maîtrise métallurgique de l’Afrique avait volontairement été nié, et stoppée, par les puissances coloniales. Les gravures anciennes sur le continent montrent des fours de plusieurs mètres, des galeries minières souterraines, et toute une industrie et un commerce du fer dont les archéologues retrouvent les traces aujourd’hui – les ethnologues, eux, ayant depuis longtemps révélé la place toute particulière qu’occupent les forgerons dans les sociétés africaines.
La traite négrière va porter un premier coup à l’industrie métallurgique locale : « les négriers exportent massivement des barres de fer de production », relève l’archéologue sénégalais Hamady Bocoum. En outre, la technologie utilisée en Afrique est celle de la réduction indirecte, plus productive (on produit le fer en deux temps : Fonte puis Fer), qui se développe en Europe au XIV° siècle, et sera l’un des piliers de la révolution industrielle. Pour Hamady Bocoum, «la perte de l’initiative technologique dans le domaine de la métallurgie extractive et l’implosion des routes du fer apparaissent comme des clés essentielles pour comprendre le décrochage du continent vis à vis de l’Europe, à partir du XV° siècle ».
Au début du XX° siècle persistent néanmoins des centres miniers et métallurgiques importants. Dans le nord du Togo, l’activité minière était tellement importante que les allemands avaient envisagé la construction d’un chemin de fer pour transporter le minerai jusqu’à la côte. En pays Moose, dans le nord du Burkina Faso, l’un des plus grands fours, encore en produire 200 kilos de fer en une seule combustion continue, comme le montre les études de Bruno Martinelli.
Mais au début du siècle les puissances coloniales vont parfois interdire l’activité minière et métallurgique, « par crainte que les populations ne fabriquent des armes, explique Elisée Coulibaly – et des traces de ces interdictions ont été retrouvées dans les archives coloniales. Ce sera le coup final porté à une histoire vieille de plusieurs millénaires. Aujourd’hui, l’Afrique importe la majorité de son fer, et «la plus grande part de la production provient de la récupération », note Bruno Martinelli. De la richesse et de la puissance, à la pauvreté et à la dépendance : L’histoire du fer, en Afrique, est comme un résumé de l’Afrique tout court.
Auteur : Nadia Khouri Dagher
Publication le: 24 février 2006
Rubrique: Afrique-découverte
Source : http//:www.Afric.com